Articles avec #internationale tag

Publié le 8 Janvier 2017

Résolution de l’ONU sur les colonies israéliennes : un camouflet pour Netanyahou !

Ceci est un article de libre expression qui ne concerne et n'engage la CGT ni directement ni indirectement.

Condamnant la poursuite de la colonisation des territoires occupés, la résolution 2 334,votée le 23 décembre par le Conseil de sécurité de l’ONU ne peut que réjouir les amiEs de la Palestine...

Certes, cette résolution n’est pas assortie de mesures contraignantes, mais elle illustre l’impasse dans laquelle se trouve Tel Aviv sur le plan diplomatique.

 

 

Des alliés de plus en plus regardants

Comme on pouvait s’y attendre, la réaction du gouvernement israélien à cette résolution historique défavorable (la dernière datait de 1979) est à la mesure de la posture méprisante et belliqueuse qu’il a adoptée depuis des décennies. Netanyahou – poursuivi par ailleurs pour avoir perçu des « cadeaux illégaux » – a déclaré qu’Israël allait « limiter les relations avec les pays qui ont voté la résolution de l’ONU. »

Cette fuite en avant résiste mal à une analyse, même rapide, des difficultés auxquelles se trouve confronté l’État sioniste aujourd’hui. Ancienne tête de pont de l’impérialisme au Proche-Orient, Israël est en perte de vitesse au niveau de ses capacités militaires, et se trouve confronté à de nouvelles puissances locales dans un monde multilatéral. Sur le plan social, la situation n’est guère plus brillante, on assiste à une augmentation de la pauvreté qui dissuade nombre de juifs de la diaspora anciens candidats à « l’alyah » à mettre leur projet à exécution. L’industrie militaire elle-même est en crise, et la politique frénétique de colonisation est en train de ruiner le pays. Dans de telles conditions, on voit mal comment Netanyahou et sa clique pourraient claquer la porte aux alliés traditionnels.

Quelles conséquences ?

À elle seule, cette résolution ne peut bien évidemment en rien régler l’avenir de la Palestine, en particulier du droit au retour pour les Palestiniens chassés de leur pays en 1947. Pour autant, ses conséquences diplomatiques pourront être exploitées par ses partisans. Contrairement à ce qu’affirme Trump, le président pas encore en fonction, l’adoption de la résolution est définitive et ni son équipe ni les représentants d’Israël à l’ONU n’y pourront rien changer.

 

 

Elle aura des conséquences au niveau européen, notamment pour instruire des dossiers devant le TPI, ce que redoutent les dirigeants sionistes. Elle accroît aussi la légitimité de la campagne BDS au niveau de l’opinion publique. À l’initiative de la France, une « conférence de la paix » réunissant 70  pays se tiendra à Paris ce 15 janvier, cela pour la première fois depuis 9 ans. Nul doute que cette conférence sera fortement influencée par la nouvelle résolution de l’ONU. Et logiquement Israël a d’ailleurs annoncé qu’il n’y participerait pas...

Donner un nouvel élan à la campagne BDS

Les militantEs antisionistes et anti-impérialistes ne nourrissent aucune illusion sur la mise en application des résolutions de l’ONU. Depuis sa création en 1947, Israël n’en a d’ailleurs respecté aucune.

Par cette résolution, Obama prétend vouloir« sauver Israël de lui-même »... Pour ma part, je ne compte que sur la mobilisation internationale pour sauver la Palestine. La campagne BDS France est le cadre le plus approprié pour faire progresser cette idée. Malgré la répression et les nombreux procès, sa légitimité grandit. Répondons présents lors de ses nouvelles mobilisations.

Voir les commentaires

Rédigé par Collectif Jeunes CGT 08

Publié dans #palestine, #internationale, #actualite

Repost 0

Publié le 20 Décembre 2016

Mort de Fidel Castro : Une page se tourne

Ceci est un article de libre expression qui ne concerne et n'engage la CGT ni directement ni indirectement.

Fidel Castro sera identifié, à jamais, à la révolution cubaine. Dans les années 1960, cette révolution a suscité un enthousiasme sans précédent dans les jeunes générations de révolutionnaires...

Il faut se représenter le monde de l’époque : la guerre froide bat son plein et le stalinisme gèle le mouvement ouvrier international. La révolution cubaine va débloquer cette situation en créant un nouvel espoir.

Résurgence d’une dynamique révolutionnaire internationaliste

Comment une « guérilla » de quelques dizaines, puis de quelques centaines  de militants, entraîne-t-elle tout un peuple dans le renversement de la dictature sanglante de Batista ? Comment expliquer qu’un peuple de 10 millions d’habitants réussit à faire face à l’impérialisme américain, et à polariser ainsi la situation mondiale ?

C’est là qu’il faut reconnaître les qualités de direction de Fidel Castro. Celle ci-s’inscrit dans la tradition de José Marti, révolutionnaire cubain, champion de la lutte pour la libération nationale contre l’impérialisme nord-américain. Mais il faut noter une double spécificité de la révolution cubaine : alors que les stratégies d’alliance avec la bourgeoisie nationale dominent le mouvement ouvrier de l’époque, Fidel et ses camarades impulsent une stratégie de lutte armée, combinant des actions de guérilla, le mouvement des masses, des manifestations et grèves insurrectionnelles. La deuxième spécificité, c’est qu’en s’opposant à l’« impérialisme yankee », la direction cubaine assure la souveraineté du pays. Pour cela, elle nationalise les grandes propriétés capitalistes, en particulier nord-­américaines, et commence à sortir le pays du sous-développement, notamment en matière d’éducation et de santé.

Même si Cuba est un petit pays, Fidel propulse un processus révolutionnaire au sein même de l’hémisphère occidental. L’alchimie entre Fidel et Che Guevara renoue avec les meilleures traditions internationalistes du mouvement ouvrier. D’emblée, les appels au soutien des peuples en lutte se multiplient, en commençant par l’appui au peuple vietnamien. Les Cubains organisent en janvier 1966 la conférence internationale dite « Tricontinentale », qui regroupe les forces anti-impérialistes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Une première depuis les grandes conférences internationales des années vingt. Cette politique se concrétise dans les luttes armées entreprises par le Che en Amérique latine (Bolivie) et en Afrique (Congo). Elle se manifeste aussi dans les années 1970, par l’envoi de milliers de soldats cubains pour aider le peuple angolais à repousser les assauts des troupes sud-africaines.

Nous pouvons – et devons – discuter de certaines déviations militaristes des stratégies cubaines, mais l’essentiel, pour l’époque, est cette résurgence d’une dynamique révolutionnaire internationaliste.

Pressions soviétiques et déformations bureaucratiques

La révolution cubaine va, dès la fin des années 1960, s’affronter à la réalité des rapports de forces et du marché mondial. Elle paie dans sa chair l’avertissement lancé au mouvement révolutionnaire dès la révolution russe : « Le socialisme ne se construit pas dans un seul pays »...

Isolée, étranglée par le blocus et l’embargo nord-américain, la direction cubaine a de moins en moins les moyens de sa politique. Les accords tactiques nécessaires avec l’URSS contre l’impérialisme se transforment en subordination politique. En août 1968, Fidel Castro soutient l’intervention russe en Tchécoslovaquie. Sur le plan économique, le choix de renforcer la monoculture sucrière affaiblit considérablement le pays et aboutit à l’échec de la « Zafra » ­– récolte du sucre – de 1970. Il accroît la dépendance de Cuba envers l’URSS, d’autant plus que le blocus nord-­américain se renforce.

Dans ce contexte, le modèle soviétique sert de plus en plus de référence. Les conceptions verticalistes liées à l’empreinte du militarisme sur la politique cubaine ajoutées au modèle soviétique accentuent les déformations bureaucratiques de l’État cubain : restriction des libertés démocratiques, absence de pluralisme politique, répression contre les opposants, consolidation du régime du parti unique, inexistence de structures sociales ou politiques propres au peuple cubain...

Et maintenant ?

Dans ces conditions, nombreux vont prédire, à l’instar de l’URSS et des pays de l’Est, un effondrement de la révolution cubaine. Mais malgré les années terribles de la « période spéciale » marquée par la fin de l’aide soviétique, conjuguée à l’embargo nord-américain, Cuba a tenu ! Car, au-delà de ses erreurs, sa révolution n’a jamais été une importation russe. C’est un mouvement historique propre au peuple cubain. Ses ressorts « anti-yankees », les acquis de sa révolution – mêmes ténus –, sa volonté farouche de souveraineté, ont été plus forts.

Jusqu’à quand ? Les rapports de forces sont terriblement défavorables. Que va faire l’administration nord-américaine : submerger Cuba de marchandises ou continuer l’embargo ? Après la mort de Fidel, comment les forces au sein du Parti communiste et du peuple cubain vont-elles se réorganiser ? Les partisans d’une voie chinoise ou vietnamienne l’emporteront-ils ? Une fois de plus, le peuple cubain saura-t-il trouver les voies et les moyens de poursuivre la révolution ? Nous l’espérons et le soutenons dans ce combat.

Voir les commentaires

Rédigé par Collectif Jeunes CGT 08

Publié dans #actualite, #cuba, #internationale

Repost 0

Publié le 20 Décembre 2016

Trump, à qui la faute ?

Ceci est un article de libre expression qui ne concerne et n'engage la CGT ni directement ni indirectement.

 

Pourquoi, comment Trump a-t-il pu se faire élire, contre la grande majorité des pronostics ? Cet article/interview du site étatsunien Socialist Worker analyse les principaux facteurs qui ont joué dans ce sens, le 8 novembre dernier (traduction, Jean-Philippe Divès).1

Alors, qui a gagné cette élection ? La réponse n’est pas si évidente…

Elle ne l’est effectivement pas. C’est Hillary Clinton qui a obtenu le plus de voix dans le pays. A la fin de la semaine dernière, elle en était à un peu moins de 61 millions de voix, contre 60,4 millions pour Donald Trump. Une marge d’environ 600 000 voix est faible par rapport à plus de 123 millions de votants, mais c’est davantage que l’avance d’Al Gore [le candidat démocrate] en 2000 [quand George W. Bush avait été « élu »]. Et cet écart va augmenter – selon certaines estimations, jusqu’à deux millions – quand les bulletins qui manquent encore de Californie et d’autres Etats de la côte ouest auront été comptabilisés.2

Dans tout autre système, Clinton aurait été déclarée vainqueur. Mais les Etats-Unis ont le Collège électoral, un vestige du 18e siècle alors introduit dans la Constitution pour apaiser les dirigeants du Sud esclavagiste. Pour la deuxième fois en seulement 16 ans – et la cinquième dans l’histoire des Etats-Unis –, le Collège électoral a donné la victoire au perdant du vote populaire à l’échelle du pays.

Dans tous les Etats sauf deux, celui qui gagne au niveau de l’Etat, même de quelques voix sur des millions, remporte tous les délégués au Collège électoral. La clé de l’élection de Trump a été ses courtes victoires obtenues dans trois Etats de « la ceinture de la rouille » (Pennsylvanie, Michigan et Wisconsin), où les Républicains ne l’avaient pas emporté depuis les années 1980. Une étude du Washington Post estime que la différence entre Trump et Clinton a été dans ces trois Etats de 107 000 voix – la Maison Blanche a tenu à cela. Trump n’a gagné le Michigan que de 13 000 voix sur plus de cinq millions d’exprimés.

 

Quelles en sont les implications ?

Suivant n’importe quelle définition de la démocratie – qui suppose que les gens puissent choisir leurs dirigeants –, le Collège électoral devrait être aboli. Cela impliquerait de modifier la Constitution, ce qui s’est déjà fait dans le passé. A l’origine, elle ne reconnaissait ni la citoyenneté des Noirs, ni le droit de vote des femmes, et ne prévoyait pas l’élection directe des sénateurs. Ces dispositions anti-démocratiques ont été supprimées par des amendements constitutionnels.

Mais même si les sondages indiquent que plus de 70 % des Américains veulent se débarrasser du Collège électoral, les élites ne semblent pas décidées à bouger sur ce plan. On voit au contraire l’establishment politique – Démocrates comme Républicains, y compris les gagnants/perdants Al Gore et Hillary Clinton – s’agenouiller devant une institution conservatrice qui a enlevé au peuple son pouvoir de décision.

Le Collège électoral fausse tout le système des élections présidentielles. Parce que la plupart des Etats votent très largement pour un des deux principaux partis, les candidats ne consacrent pas leurs ressources à y faire campagne. Cette année, cela a signifié ignorer trois des quatre Etats les plus peuplés – Californie, Texas et New York – et les millions d’Américains ordinaires qui y vivent et travaillent. Les grands partis se sont concentrés sur dix ou douze « Etats clés » (swing states) où les écarts étaient faibles, en sachant que celui ou celle qui y serait vainqueur remporterait la Maison Blanche.

Imaginez un instant que l’élection du président dépende du vote populaire [du suffrage universel à l’échelle des Etats-Unis]. Les candidats en campagne devraient s’adresser aux masses multiraciales des grands centres de l’industrie, des services et des transports : Los Angeles, Houston, Chicago, New York City. Au lieu de cela, l’attention s’est concentrée sur des Etats tels que le New Hampshire. Nul mépris pour ses habitants, mais sa population est bien moindre que celle de chacune des quatre villes qui viennent d’être citées. Et le New Hampshire est aussi beaucoup plus blanc et riche que le reste du pays.

Autre leçon des résultats de cette année, ils démentent clairement le mythe selon lequel les Etats-Unis seraient un pays de « centre-droit », voire encore plus à droite. Les Républicains vont affirmer avoir un mandat pour faire passer un ensemble de politiques réactionnaires pour lesquelles, à l’évidence, la majorité du pays n’a pas voté. De fait, ils n’ont gagné le vote populaire qu’une seule fois (en 2004) lors de toutes les élections présidentielles depuis 1988. Une telle série de victoires démocrates dans le vote populaire ne s’était produite qu’à un seul moment dans le passé – dans les années 1820 et 1830.

 

Parlons des raisons de l’échec de Clinton. L’abstention en fait-elle partie ?

Du point de vue le plus général, la première chose à noter est la forte baisse de la participation par rapport aux trois dernières élections présidentielles. Les votes continuent d’être comptabilisés, mais il semblerait qu’il y ait eu près de cinq millions de votants de moins qu’en 2012, et autour de sept millions de moins qu’en 2008. Cela, dans un pays où la croissance démographique3 aurait dû à elle seule conduire à une augmentation du nombre des votants.

On peut supposer que le taux final de participation tournera autour de 57 % des citoyens américains disposant de leurs droits civiques. Ce taux était de 59 % en 2012, de 62 % en 2008 et même de 61 % en 2004, selon des chiffres compilés par le professeur Michael McDonald, un expert électoral de l’université de Floride. Cette chute de la participation explique pourquoi Trump a pu « gagner » alors qu’il n’aura probablement pas obtenu plus de voix que Romney, le battu de 2012.

Nos élections anti-démocratiques, biaisées par des intérêts de classe et n’offrant qu’un choix restreint, sont celles où l’abstention est la plus forte de tout le monde capitaliste avancé. Les estimations de participation signifient que près de 100 millions de personnes en capacité de voter ne l’ont pas fait – ce qui souligne l’aliénation vis-à-vis du système politique.

Tels sont donc les chiffres globaux. Mais le plus important est le fait que la baisse soit fondamentalement venue du côté des Démocrates. Entre 2008 et 2016, le vote républicain s’est plus ou moins maintenu autour de 60 millions de voix. Mais le vote démocrate est tombé de 69 millions pour Obama en 2008 à 61 ou 62 millions cette fois pour Clinton. Et, plus important que tout afin de comprendre la victoire de Trump au sein du Collège électoral, la participation démocrate a été la plus faible dans ce qui était considéré comme des bastions de ce parti, en particulier dans le haut Midwest.

 

Que s’est-il passé dans ces Etats ? D’où y vient l’avance, même légère, de Trump ?

Comme je l’ai signalé, dans les trois Etats clés – Wisconsin, Michigan et Pennsylvanie –, la décision a été emportée par un peu plus de 100 000 voix. Ainsi que l’a remarqué le Washington Post, c’est à peu près le nombre de gens qui s’entassent dans le stade « Big House » de l’université du Michigan pour les matches de football [américain] du samedi.

L’histoire est un peu différente dans chacun de ces Etats, mais le cadre global est le même. Dans les principaux centres urbains à forte population africaine-américaine – Philadelphie, Detroit et Milwaukee –, Clinton a obtenu significativement moins de voix qu’Obama. Une part de la baisse enregistrée au Wisconsin peut sans doute être attribuée aux mesures prises par les Républicains, qui sont à la tête de l’Etat, pour rayer des listes un certain nombre d’électeurs. Mais cela n’explique pas le Michigan et la Pennsylvanie. Loin de voter pour Trump, de nombreux Noirs sont simplement restés à la maison.

Le résultat tout sauf brillant de Clinton dans les grandes villes ne lui a pas permis de contrecarrer le vote en faveur de Trump dans les zones périurbaines et rurales, plus conservatrices. Ainsi, dans le Wisconsin, Trump a remporté treize comtés ruraux ou périurbains qui avaient donné une majorité à Obama dans deux élections successives.

A ce stade, il est difficile de dire si le tournant en faveur des Républicains s’explique par le fait que d’anciens électeurs d’Obama se soient tournés vers Trump, par une poussée de nouveaux électeurs en faveur de Trump, ou par la chute de la participation des Démocrates alors que celle des Républicains est restée stable. Mais si l’on compare les votes globaux de ce scrutin avec ceux de la première élection d’Obama, on s’aperçoit qu’il y a bien plus une chute  du vote démocrate qu’une hausse du vote républicain.

En Pennsylvanie, il apparaît que Trump a mobilisé des électeurs qui n’avaient pas voté pour Romney [en 2012]. Mais il l’a aussi emporté dans les zones périurbaines, par 52 % contre 44 %. Le réalisateur progressiste [aux Etats-Unis et dans le texte original, « liberal »] Michael Moore a affirmé sur l’émission Morning Joe de la chaîne MSNBC que 90 000 votants du Michigan ont laissé en blanc, sur leurs bulletins électoraux, les cases du scrutin présidentiel, alors qu’ils ont voté pour toutes les autres fonctions. Selon le dernier comptage, Clinton a perdu le Michigan d’environ 13 000 voix.

 

Les progressistes font porter à la « classe ouvrière » la responsabilité de la défaite de Clinton. Que faut-il en penser ?

La première chose à dire est que les progressistes et les apparatchiks démocrates devraient d’abord se regarder eux-mêmes dans une glace. Ce sont eux qui ont truqué le processus interne de nomination afin de sélectionner Clinton, elle qui incarne les politiques néolibérales, favorables à Wall Street, qui ont été à l’origine de la détérioration des conditions de vie des travailleurs pour toute la durée d’une génération. Maintenant, sur le fond, Clinton a été battue de presque quarante points chez les électeurs blancs qui ne sont pas allés à l’université – ce que les médias définissent comme la « classe ouvrière blanche ». Mais cette définition très large d’une « classe ouvrière » ne prend pas en compte le fait que les « blancs sans études supérieures » incluent des auto-entrepreneurs, des petits patrons et des cadres moyens. Ceci dit, il reste qu’ils ont passé Clinton à la moulinette.

Je voudrais mentionner encore deux points, l’un sur la question raciale et l’autre sur les niveaux d’étude. En premier lieu, Clinton l’a emporté parmi les électeurs non-blancs qui n’ont pas fait d’études supérieures, ce qui montre à l’évidence que les niveaux d’éducation ont pesé moins que la question raciale et la façon dont elle interagit aux Etats-Unis avec la question de classe. Le message de Trump visait évidemment à retourner la colère envers l’establishment politique vers des boucs-émissaires non-blancs et immigrés. C’est une version 21e siècle de ce que signalait Frederick Douglass quand il montrait comment les dirigeants du Sud attisaient la haine raciale entre les blancs et les Noirs. Ils « divisent les deux pour conquérir chacun », disait Douglass.

En second lieu, par rapport à toutes ces déclarations sur la responsabilité dans l’élection de Trump des blancs qui ne sont pas allés à l’université, il faut souligner que la moitié des votants du 8 novembre étaient titulaires d’une licence, ou d’un master ou d’un doctorat, alors que selon le Bureau américain du recensement, les diplômés de l’enseignement supérieur ne représentent qu’un tiers de l’ensemble de la population. Et rappelons que Trump a remporté la majorité des voix des blancs ayant fait des études universitaires, par 49 % contre 45 % à Clinton, même si celle-ci a été majoritaire au niveau de l’ensemble des diplômés du supérieur, par 53 % contre 43 %.

Enfin, lorsque l’on considère le niveau des revenus, on voit que Clinton a été majoritaire parmi les électeurs dont les foyers disposent de moins de 50 000 dollars par an (soit un peu moins que le revenu médian), alors que Trump l’a emporté de peu parmi ceux dont le revenu est supérieur. Mais là encore, il convient de considérer la totalité de ceux qui ont participé au vote. Il y a parmi les inscrits environ 25 % de personnes dont le foyer dispose d’un revenu supérieur à 100 000 dollars. Mais le 8 novembre, ces gens ont représenté 34 % du total des votants.

Si donc on utilise les niveaux d’éducation et de revenu pour définir la classe, ainsi que les médias le font habituellement, il faut dire alors que les votants venaient plus de la classe moyenne que de la classe ouvrière. Cela fait des années que des analystes tel que Walter Dean Burnham soulignent à quel point le système électoral étatsunien, sans parti du travail ou qui soit réellement « de gauche », n’offre pas de véritable choix électoral aux électeurs de la classe ouvrière. Les études du Bureau du recensement et d’autres sources confirment que les travailleurs et les pauvres, souvent ceux qui sont aussi en faveur de politiques salariales et des revenus progressistes, ont formé le gros des 100 millions d’inscrits qui ne sont pas allés voter.

 

 

  • 1.   Interview parue le 14 novembre 2016 sous le titre « Who’s to blame for Trump’s victory ? », https ://socialistworker.org/2016/11/14/whos-to-blame-for-trumps-victory. Nous avons inséré dans le corps du texte quelques précisions qui sont signalées entre crochets et en italique [les notes sont de notre rédaction].
  • 2.    Au 24 novembre, l’avance d’Hillary Clinton est supérieure à 2 millions de voix. Le décompte lui en attribue 64 394 094 (soit 47,93 % du total), contre 62 310 486 (46,38 %) à Trump. Le reste s’est porté, principalement, sur le libertarien Johnson (3,28 %) et la candidate du Parti Vert, Jill Stein (1,02 % pour 1 366 327 voix).
  • 3.     La population des Etats-Unis s’est fortement accrue ces dernières années : 325 millions estimés en 2016, contre 309 millions lors du recensement de 2010 et 281,5 millions selon celui de 2000.
  •  

Trump a obtenu un nombre de voix inattendu parmi les syndiqués – 43 % selon les sondages sortie des urnes. Comment cela cadre-t-il avec le reste ?

En mars dernier, un ami du Wisconsin m’a envoyé un article à propos de la configuration de la primaire entre Hillary Clinton et Bernie Sanders. L’article incluait une citation d’un militant syndical de Madison qui estimait que dans l’élection générale au Wisconsin, après l’échec du mouvement ouvrier à défaire Scott Walker, le gouverneur de droite antisyndical, un populiste de droite pourrait certainement battre une Démocrate pro-grandes entreprises. Je ne sais pas si Bernie Sanders aurait battu Trump, mais lui était au moins en prise avec le mécontentement des milieux ouvriers et leur proposait des réponses progressistes.

Si les rapports post-électoraux issus du camp Clinton sont vrais, une série de politiciens locaux du haut Midwest lançaient des signaux d’alarme depuis des mois. Mais la campagne Clinton considérait que ces Etats étaient dans la poche. D’après les sondages sortie des urnes réalisés au niveau national, Clinton n’aurait remporté les voix que de 51 % des votants de foyers où une personne au moins est syndiquée. Dans la plupart des élections, les Démocrates obtiennent plus de 60 % de ces voix. Selon les chiffres donnés au niveau des Etats, la répartition a été la même que nationalement dans le Wisconsin et le Michigan ; en revanche, les foyers syndiqués ont voté largement pour Trump dans l’Ohio, par 54 % contre 42 %.

 

Clinton a également fait moins bien parmi les électeurs noirs et latinos…

Il est clair que même si elle a été largement en tête chez ces électeurs, elle n’a pas obtenu assez de leurs voix dans les Etats cruciaux pour contrebalancer le vote des blancs en faveur de Trump. En 2012, Obama avait récolté 70 % des voix des électeurs latinos et asiatiques ; cette fois, Clinton n’en a recueilli que 65 %. Dans le même temps, par rapport à Mitt Romney en 2012, Trump a progressé de 8 points chez les Latinos et de 7 points parmi les Africains-Américains. Le sondeur conservateur Bill McInturff l’a relevé, tout en soulignant que dans des « bases » essentielles des Démocrates – comme Milwaukee, Detroit et Cleveland, ainsi que Charlotte et Raleigh en Caroline du Nord –, la participation démocrate avait été en baisse sur 2012.

Une poussée du vote anticipé latino a certainement offert le Nevada à Clinton, mais cela n’a pas été suffisant dans d’autres Etats. En Floride, le vote latino a été légèrement inférieur, quoique plus fort dans des bastions autour d’Orlando, Miami et Fort Lauderdale. Mais il reste que 35 % des Latinos de Floride ont voté Trump, dont une majorité (54 %) de Cubains-Américains.

 

Le jour de l’élection, tout le monde parlait d’un différentiel de genre historiquement élevé. Quelles conclusions peut-on en tirer ?

Le différentiel de genre (la différence entre le vote des hommes et celui des femmes, selon les sondages sortie des urnes) est passé de 18 % en 2012 à 24 % en 2016. Clinton a remporté le vote des femmes avec 12 points d’avance sur Trump, contre 11 points pour Obama en 2012. Mais quand Obama avait perdu le vote des hommes de 7 points, Clinton l’a fait de 12 points en 2016.

Il est toutefois intéressant de noter (en sachant que ces chiffres sont imprécis) que les hommes ont choisi les Républicains par seulement un point de plus qu’en 2012, 53 % contre 52 %. Sur la base des sondages, il est difficile de savoir si la faible proportion des hommes ayant voté Clinton (41 %) s’explique par le choix d’un troisième candidat, ou s’ils n’ont simplement pas répondu aux enquêteurs. Dans tous les cas, le différentiel de genre a augmenté parce que, par rapport au vote Obama, une plus faible proportion d’hommes a voté Clinton.

Vu toutes les questions liées au genre qui ont été soulevées dans ces élections, des promesses de Clinton de « briser le plafond de verre » en tant que première femme présidente jusque, bien sûr, les multiples expressions de misogynie de Trump, cette division traduit à coup sûr un fond de sexisme au sein de l’électorat. En même temps, il faut relever que Clinton a perdu de dix points auprès des femmes blanches, et de 28 points parmi les femmes blanches non diplômées du supérieur. Pourquoi les femmes blanches de la classe ouvrière ne se sont-elles pas identifiées à Clinton ou, ce qui serait sans doute plus pertinent à dire, ne se sont-elles pas opposées à Trump ? Je vous invite fortement à lire, à ce propos, une interview récente de la sociologue Stephanie Coontz4.

Les femmes ont représenté 52 % des votants – elles ont à peu près le même poids parmi les inscrits. Mais en 2012, leur vote avait compté pour 54 % des voix. Les femmes sont donc un autre de ces secteurs que Clinton n’est pas parvenue à mobiliser autant qu’Obama.

Un dernier point : les chiffres du Bureau de recensement montrent que les femmes votent davantage que les hommes, une différence qui est sensiblement plus importante au sein de la population noire. Cela veut dire qu’une compréhension « intersectionnelle » est également nécessaire. Si les Africains-Américains ont été moins nombreux à voter que dans le passé, que ce soit à cause des mesures de retrait du droit de vote ou de l’absence d’enthousiasme envers Clinton, il paraît évident que c’est la participation des femmes qui en a été la plus affectée.

 

Avant l’élection, quand il semblait que Clinton pouvait l’emporter, y compris avec une avance importante, il se disait que grâce à la démographie les Démocrates étaient en mesure de « verrouiller » la Maison Blanche, en envoyant les Républicains aux oubliettes…

Je suis assez âgé pour me rappeler l’époque de Reagan, quand tous les pontes et politologues affirmaient que la Californie, qui était allée aux Républicains durant la plus grande partie des années 1960, 1970 et 1980, allait leur permettre de « verrouiller » le Collège électoral. En 1994, le gouverneur républicain Pete Wilson s’est fait réélire en surfant sur un référendum anti-migrants dit « proposition 187 ». Alors que les tribunaux invalidaient l’essentiel de ses mesures, cette proposition a cependant provoqué un basculement massif des Latinos vers les Démocrates.

Ce « tremblement de terre politique » a fait que la Californie – qui avait lancé les carrières de Richard Nixon et de Ronald Reagan – est devenue pratiquement « ingagnable » par le Parti républicain. La Californie est désormais une pierre angulaire du dit « mur bleu » des Etats pro-Démocrates, sur lesquels ces derniers comptaient pour l’emporter au sein du Collège électoral. On sait que ce mur bleu [couleur des Démocrates] s’est brisé lors de ces élections, l’essentiel de ses composantes du Midwest étant allé à Trump.

Il est indéniable que Clinton l’a emporté parmi ce qui a été appelé « l’électorat américain montant » 

– les jeunes, les personnes de couleur, les femmes célibataires, les électeurs non religieux, etc. Grâce aux voix africaines-américaines et latinos, Clinton est passée plus près de la victoire que ne l’avait fait Obama dans des Etats « rouges » [couleur des Républicains] tels que l’Arizona, la Géorgie ou le Texas. Si elle finit par remporter le vote populaire avec un ou deux millions de voix d’avance, cela pourra présager d’une majorité démocrate encore plus importante.

Mais l’écroulement du mur bleu nous rappelle que si la démographie a une influence, ce n’est pas elle qui décide. Pas mal d’électeurs de la classe ouvrière et de syndiqués (ainsi que d’autres secteurs) se sont visiblement lassés d’investir leur énergie et leurs espoirs dans un Parti démocrate qui ne leur apportait rien en retour. Beaucoup sont restés chez eux le 8 novembre et certains, par désespoir, ont voté Trump.

Mais il y a peut-être une perspective encore plus sombre. Dans le haut Midwest, d’anciens bastions syndicaux tels que le Michigan ou le Wisconsin sont devenus des Etats du « droit au travail » [nom donné par leurs auteurs aux lois antisyndicales]. Les syndicats, qui constituent un facteur essentiel afin de promouvoir un niveau élémentaire de solidarité de classe interraciale, y sont démantelés. Cela ouvre la voie à un renforcement du racisme et de l’ethno-nationalisme, que les politiciens républicains avaient précisément utilisé, entre les années 1970 et 1990, pour retourner en leur faveur le « Solid South » [le bloc des anciens Etats esclavagistes du Sud, à l’est et au centre du pays].

Vous pouvez compter sur les Républicains – même s’ils ne l’admettront pas en public – pour monter des plans afin de s’attacher durablement le vote des blancs dans le Wisconsin et le Michigan, comme ils l’ont fait au Mississipi ou en Caroline du Sud (deux Etats ayant d’importantes populations noires). Telle est leur réponse à « l’électorat américain montant ».

C’est pourquoi nous devons nous dresser contre le poison que la campagne de Trump a injecté dans le système sanguin de la politique du pays. Et construire des mouvements interraciaux pour des revendications de classe, qui proposent de l’espérance au lieu du désespoir.

Lance Selfa

-------------------------------------------------------------------------------------

4. « Why women are still voting for Trump, despite his misogyny », 25 octobre 2016, http ://www.vox.com/conversations/2016/10/25/133...

 

Voir les commentaires

Rédigé par Collectif Jeunes CGT 08

Publié dans #internationale

Repost 0

Publié le 20 Décembre 2016

De Guernica au Moyen-Orient, en finir avec les bombardements !

Ceci est un article de libre expression qui ne concerne et n'engage la CGT ni directement ni indirectement.

Le 26 avril 1937, jour de marché, la ville basque de Guernica était bombardée et incendiée par l’attaque des avions de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, faisant des centaines de morts, peut-être 1600. Cette infamie est devenue un symbole majeur de l’horreur de la guerre moderne : elle inaugurait en Europe le principe du « bombardement stratégique », un tapis de bombes lâchées par l’aviation sur une population civile sous couvert d’objectifs soi-disant militaires, expérimenté auparavant par les diverses puissances coloniales en Libye, Somalie, Afghanistan, Syrie, Maroc, Namibie. La force expressive du tableau monumental peint dans les semaines suivantes par Picasso en dénonçait la dimension terroriste à la face au monde.

Dans six mois, on commémorera les quatre-vingt ans du bombardement de Guernica, avec probablement nombre de serments de « Plus jamais ça ! ». Et pourtant, combien de puissances mondiales ou régionales organisent des Guernica de nos jours, et comme on s’en accommode, au nom de la « lutte contre le terrorisme » ! Il y a bien sûr les bombardements du régime d’Assad et de son parrain russe en Syrie, avec en particulier le martyr de la population d’Alep après celles de Homs, Daraya, Deraa…

Comment comprendre qu’une partie de la gauche, pourtant nourrie au souvenir de Guernica, ne veuille pas voir les bombardement délibérés et systématiques des hôpitaux, des marchés, des écoles, de tous les lieux de vie des civils par un régime qui avec ses alliés réduit toute la population qui le conteste à des « terroristes »? Il est vrai que n’ayant reçu quasiment aucune aide concrète de la part des « démocrates », la révolution syrienne s’est trouvée prise à revers par des courants intégristes, et qu’il est tentant de vouloir évacuer nos responsabilités en confondant insurrection populaire toujours en cours, forces combattantes non confessionnelles et djihadistes plus ou moins extrémistes.

Il est vrai aussi que les Assad, les Poutine peuvent se défendre en affirmant qu’ils ne font que pousser avec plus de fermeté les méthodes des puissances occidentales, ou en rappelant leurs gros mensonges médiatiques récents. Les USA qui ont détruit l’Irak sous un faux prétexte et portent une responsabilité première dans l’apparition de Daesh ; qui ont justifié la torture généralisée à Abou Ghraib, qui ont sciemment bombardé un hôpital de MSF en Afghanistan, comme Israël pendant l’offensive contre Gaza en 2013 ; les royaumes intégristes du Golfe, à commencer par l’Arabie Saoudite, qui font de même au Yémen, qui viennent de bombarder une cérémonie d’obsèques, faisant 400 morts. Ces mêmes royaumes choyés par les gouvernements français successifs, et particulièrement par celui de Hollande et Valls qui se glorifie de ses records de ventes d’armes et de son intervention au Mali, et dont le double discours démocratique, laïque et martial à la fois est écœurant au regard de ses pratiques.

Alors, laisser écraser Alep pendant que les coalitions antiterroristes « démocratiques » bombardent à Raqqa ou Mossoul, c’est réactualiser la mémoire des bombardements coloniaux français de 1925 et 1945 en Syrie, des bombardements anglais des années 1920, des bombardements américains des années 1991 et 2001 en Irak, des bombardement russes en Tchétchénie, déjà sur une population majoritairement musulmane, de 1994 à 2000 ; c’est à la fois la garantie de désastres humanitaires et politiques, et c’est pousser les populations désespérées dans les bras de Daesh ou de ses futurs héritiers. Il nous faut retrouver des boussoles élémentaires pour une pensée progressiste et démocratique. Celle qui dit « Arrêt immédiat de tout bombardement en zone habitée au Moyen-Orient » et celle qui affirme «  Solidarité concrète avec les populations qui aspirent à la liberté, la justice sociale et la dignité », en ne confondant pas l’aide matérielle à apporter et la substitution colonialiste aux luttes des peuples opprimés.

Jacques Babel

Voir les commentaires

Rédigé par Collectif Jeunes CGT 08

Publié dans #idées, #internationale, #syrie

Repost 0

Publié le 21 Août 2016

Crédit Photo: Dimanche 24 juillet, Würzburg résiste au racisme. DR

Crédit Photo: Dimanche 24 juillet, Würzburg résiste au racisme. DR

Ceci est un article de libre expression qui ne concerne et n'engage la CGT ni directement ni indirectement.

Ce dimanche 24 juillet, l’opinion publique allemande a appris de nouvelles actions violentes, dans lesquelles des réfugiés récemment arrivés dans le pays étaient impliqués...

Alors qu’à Reutlingen, au sud-ouest du pays, un Syrien a attaqué une femme avec une machette (il n’y aurait aucun contexte idéologique, mais il s’agirait d’un « crime passionnel » selon le jargon de la police), une explosion a fait un mort – son auteur – et douze blessés. L’attentat, commis à Ansbach, en Bavière par un autre ressortissant syrien, était dirigé contre un festival de musique. Un lien avec le courant djihadiste et le prétendu « État islamique » ne serait « pas exclu ».

Il est trop tôt pour en mesurer les conséquences politiques à court et moyen terme. Jusqu’ici, le débat alimenté par des crimes précédents était tendu, mais n’avait pour le moment rien à voir avec l’hystérie politique actuellement mise en scène en France. À l’heure où Nicolas Sarkozy évoque une« guerre totale », François Fillon une « guerre mondiale » et où le député LR Georges Fenech propose« un Guantanamo à la française », le débat allemand semble jusque-ici presque marqué par la modération. Certes, au royaume des aveugles, le borgne fait figure de roi...

Trois jours après l’attentat meurtrier de Nice, l’Allemagne avait elle aussi connu une attaque horrible. Certes, il n’y a pas eu de dizaines de morts comme sur la Côte d’Azur, mais l’acte violent d’un adolescent de 17 ans de nationalité afghane, arrivé en Allemagne comme réfugié mineur isolé, a tout de même produit des images sanglantes. Brandissant une hache à bord d’un train régional à proximité de Würzburg (Bavière), il a blessé cinq personnes, dont quatre appartenant à une même famille chinoise en voyage.

Les réactionnaires à l’offensive

Les tenants d’un discours amalgamant délibérément « immigration » et « terrorisme » ne manquent pas en Allemagne. Ainsi l’hebdomadaire d’extrême droite Junge Freiheit (« Jeune Liberté », plutôt national-conservateur et intellectuel) a actuellement titré en Une sur « Cette terreur importée ». Un titre suggérant évidemment un lien entre les événements de Nice, de Würzburg et l’immigration.

Sur son blog, l’avocat et journaliste Nicolaus Fest durcit encore plus le ton. Fest a été pendant quelques mois, en 2013 et 2014, rédacteur en chef adjoint du journal tabloïd dominical Bild am Sonntag. Bien qu’il s’agisse d’un journal ancré à droite souvent qualifié de « populiste », Fest a quitté son poste en septembre 2014, après avoir publié deux mois plus tôt un article hostile aux musulmans « non intégrables à cause de leur culture ». Au sein de la puissance économique hégémonique en Europe, la maison de presse aux forts tirages veille aux équilibres politiques...

Et depuis, le discours public de Nicolaus Fest s’est encore radicalisé. Dans un récent article publié sur son blog, il prend prétexte de la tuerie de Nice ou de l’agression de Würzburg pour inciter à la haine contre les populations musulmanes. Il écrit ainsi : « L’islam n’est pas raisonnablement séparable de l’islamisme. (…) La terreur vient bien directement de l’islam. »

Mais de telles voix sont heureusement minoritaires à l’heure actuelle. La chancelière Angela Merkel a bien pris soin de déclarer, tout en condamnant évidemment l’attaque de Würzburg, à travers son porte-parole Steffen Seibert : « L’acte horrible d’un individu ne peut pas jeter le discrédit sur un grand groupe humain » (parlant des musulmanEs). Lundi 25 juillet, le ministre de l’Intérieur lui-même, Thomas de Maizière, un homme de droite, a déclaré : « Nous ne devons pas porter de soupçon généralisé contre les réfugiés, même s’il y a des procédures qui sont engagées dans des cas isolés. »

Il faut donc espérer que le climat général ne bascule pas à cause des nouveaux événements du week-end dernier.

Bertold du Ryon

Voir les commentaires

Rédigé par Collectif Jeunes CGT 08

Publié dans #actualite, #internationale, #allemagne

Repost 0

Publié le 30 Mai 2016

Cette Europe qui étrangle l’Afrique

Ceci est un article de libre expression qui ne concerne et n'engage la CGT ni directement ni indirectement.

On a (un peu) parlé récemment de l’un de ces odieux traités de libre-échange que la dictature des entreprises multinationales impose aux peuples du monde : notre bon président avait laissé entendre que, nom d’un petit bonhomme, la France ne signerait pas le traité en négociation (dans la plus grande opacité) entre l’Europe et les États-Unis...

Pré-campagne électorale oblige, il avait dû retrouver au fond d’un placard son déguisement d’« homme de gauche » et saisi l’occasion de replâtrer un mauvais maquillage qui ne cessait de tomber par plaques. Le traité en question, le Tafta, n’est pourtant pas le seul, loin s’en faut...

Des « accords » ? Non, des traités iniques...

Il y a bien des traités iniques procédant, dans la plus pure logique capitaliste, de la volonté du plus fort de faire toujours peser davantage sa loi sur le plus faible, quitte à niveler par le bas normes et droits. À cet égard d’ailleurs, le traité déjà signé avec le Canada, CETA, contient à peu près tout ce que notre gouvernement feint désormais d’écarter. Parmi ces traités, la palme pourrait bien revenir aux plus discrets APE, accords de partenariat économique entre l’Europe et les pays dits ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique).

De quoi s’agit-il ? Rien de moins que de mettre complètement à bas le dispositif instauré par la Convention de Lomé en 1975, relativement protectrice pour ces ACP. À l’époque, l’Union européenne avait en effet accepté une non-réciprocité en matière de droits de douane : en clair, les produits des ACP n’en acquittaient pas pour entrer en Europe, tandis que les barrières tarifaires étaient maintenues pour l’exportation des produits européens.

Même si les effets de cette disposition étaient limités par les incessantes tracasseries visant à limiter l’importation des produits africains (prétextes sanitaires, exigences de calibrage des fruits...) et par l’avantage que les subventions offraient aux agriculteurs européens, c’en était encore trop pour l’Organisation mondiale du commerce qui s’est avisée que cela était contraire au sacro-saint principe de « concurrence libre et non faussée » et qu’il fallait y remédier d’urgence.

Aussi, en 2000, à l’expiration de la Convention de Lomé, l’Accord de Cotonou avait donc introduit l’idée d’abolir progressivement les obstacles aux échanges en négociant ces APE.

Libéraliser les échanges, au profit de qui ?

Le moins que l’on puisse dire est que l’UE ne s’est pas fait prier car, comme le dit finement le commissaire au Commerce Peter Mandelson : « Notre prospérité est directement liée à l’ouverture des marchés où nous cherchons à vendre. » Mais comme il est mal venu d’avoir l’air de ne se soucier que de sa prospérité, l’UE constate benoîtement que les règles antérieures n’ayant « pas produit les résultats espérés » (sniff !), « une approche plus globale est requise ».

En l’occurrence, il fallait donc procéder à la libéralisation totale des échanges entre, par exemple, les 16 pays d’Afrique occidentale (PIB moyen par tête en 2014 : 1 547 euros) et l’UE (PIB moyen par tête : 27 355 euros) : une bonne base, on le voit, pour des accords équilibrés ! Et, concrètement, cela se traduit par ces prétendus « accords » qui, quand ils sont conclus avec tel ou tel pays ou groupe de pays, sont en réalité l’objet d’énormes pressions exercées par l’UE, tout particulièrement sur les pays les plus à même de résister tels que le Nigeria.

Comment pourrait-il en être autrement puisqu’il est évident que ces « accords » scélérats sont une catastrophe pour les pays pauvres ? D’une part, alors que les recettes douanières représentent entre 35 % et 70 % des budgets des pays africains, ils privent ces pays de ressources consacrées à des billevesées... telles que l’éducation et la santé. D’autre part, ils autorisent l’UE à inonder sans limites leurs marchés de ses précieux biens, cela au détriment des productions locales, ruinant un peu plus les petits paysans et bloquant les efforts de modeste développement industriel. Quant à la libre exportation des produits africains, les accords ne changeront rien au fait que, à titre de simple exemple, c’est déjà le groupe Bolloré qui gère 65 % des exportations de Côte-d’Ivoire.

Le seul avantage que pourraient en tirer les pays ACP serait un terme aux subventions à l’exportation des agricultures européennes... Mais attendons de voir ce que ça donnera quand le feu prendra devant les préfectures !

De la misère aux réfugiéEs économiques

Tout cela est donc révélateur au plus haut point de la double hypocrisie de l’UE. En premier lieu, à cette aune, que penser des discours lénifiants sur l’aide au développement quand on arrache d’une main ce qu’on saupoudre de l’autre ? D’autre part, au-delà du débat sur la libre circulation et la libre installation ou de la distinction spécieuse entre migrants économiques et réfugiés, on voit plus clairement encore que cette UE, qui avec force vibratos exprime sur tous les tons son regret de ne vraiment pas pouvoir accueillir « toute la misère du monde », est directement productrice de cette misère et donc d’afflux toujours plus massif de réfugiéEs économiques.

Une fois de plus, l’UE (gendarme français en tête pour ce qui est de l’Afrique) se montre aux antipodes de l’Europe que nous appelons de nos vœux. Mais, au moins, ces jours-ci, est-il plus que jamais possible de faire mieux que de simplement l’observer. Un peu partout, des hommes et des femmes en Europe témoignent de leur refus de continuer à tenir pour inébranlable l’ordre du monde tant au plus près d’eux qu’au niveau planétaire. C’est bien le sens de l’expression renforcée d’une volonté de « convergence des luttes », notamment entre les anticapitalistes qui s’en prennent, à sa racine, à l’ordre économico-politique, et les divers mouvements citoyens ou militants de solidarité avec les migrantEs.

C’est pourquoi, il n’est pas surprenant que dans des cadres tels que les Nuit debout, les explications données sur les traités de libre-échange et plus spécifiquement sur le lien entre APE (Accord de Partenariat Economique) et migrations soient bien reçus, l’objet d’une curiosité croissante et potentiellement mobilisateurs.

Car de la prise de conscience au soulèvement, il arrive heureusement qu’il y ait des raccourcis.

Voir les commentaires

Rédigé par Cedric

Publié dans #internationale, #impérialisme

Repost 0

Publié le 30 Mai 2016

Crédit Photo: Le 2 avril dernier a Chios en Grèce. DR
Crédit Photo: Le 2 avril dernier a Chios en Grèce. DR

Ceci est un article de libre expression qui ne concerne et n'engage la CGT ni directement ni indirectement.

L’accord infâme, signé le 20 mars dernier entre les 28 pays de l’Union européenne et la dictature turque, sur la régulation des flux migratoires aggrave un peu plus chaque jour, dans chaque pays, les conditions de vie et de transit de centaines de milliers de réfugiéEs...

Sur fond d’une guerre en Syrie qui n’en finit pas et allonge chaque jour la liste de ses victimes et des gens qui fuient les zones de combat, cet accord symbolise mieux que tout l’inhumanité d’une Europe capitaliste incapable d’envisager une politique commune pour résoudre un drame humanitaire parfaitement maîtrisable.

Des milliards d’euros... pour des milliers de mortEs

À peine empochés les 6 milliards d’euros payés par l’Union européenne pour maîtriser les flux migratoires à ses frontières, le gouvernement Erdogan mène une répression sanglante à l’égard des migrantEs, n’hésitant pas à abattre celles et ceux qui, fuyant les zones de guerre, tentent de franchir la frontière. Des milliers de SyrienEs, prisonniers dans les fameux « hotspots », ont d’ores et déjà été expulsés vers la Syrie qu’ils avaient été contraints de quitter.

Peu regardante sur les moyens militaires et financiers quand il s’agit prétendument d’« assurer sa sécurité » et d’opprimer les peuples, l’Union européenne a considérablement renforcé les moyens humains et matériels de l’agence Frontex qui bénéficie maintenant de l’appui logistique de l’Otan. Les effets de cette macabre stratégie se sont soldées en avril par un naufrage au large de la Libye faisant plus de 500 mortEs, à ajouter à la liste des milliers de noyéEs depuis le début de la crise. En coupant les voies terrestres avec l’Europe via la Grèce et la Macédoine, le dispositif mortel conçu par les dirigeants européens contraint les migrantEs et leurs familles à risquer leurs vies dans des traversées plus longues et plus dangereuses. L’Italie envisage pour cet été une arrivée de plusieurs milliers de réfugiéEs sur ses îles et sur ses côtes !

La majorité de la population grecque solidaire !

Aux ordres de la troïka, le gouvernement Tsipras ose se satisfaire de cette situation, allant se féliciter de la décrue migratoire entraînée par la militarisation de la mer Égée et acceptant les sordides échanges de réfugiéEs avec la Turquie...

Pourtant, malgré une situation économique catastrophique plongeant chaque jour des familles, des jeunes, des retraitéEs dans la misère et la précarité, l’opinion publique grecque reste favorable aux migrantEs et réfugiéEs, de récents sondages approchant même les 80 %. Soutenus en particulier par Keerfa et de nombreuses structures syndicales dans tout le pays, la population multiplie les actions de solidarité en dépit de la répression des autorités.

Au centre d’Athènes, un hôtel désaffecté, le City Plaza, est occupé par des migrantEs qui ont échappé à la mise en cage dans les « hotspots » (de véritables camps de concentration gardés par la police et l’armée auxquels n’ont accès que les ONG faisant allégeance au gouvernement). Sur les îles où débarquent encore des réfugiéEs, la population solidaire organise elle même le soutien logistique. Lors de la dernière manifestation contre l’austérité et la nouvelle amputation des pensions de retraites (moins 30 %), les réfugiéEs ont défilé à Athènes aux côtés des manifestantEs grecs.

Une situation plus difficile en Europe centrale

Confronté à la montée des populismes, à l’aggravation des conditions économiques et à la couardise des dirigeants européens, le mouvement de solidarité reste faible dans la plupart des pays du centre de l’Europe. Et s’échapper du piège grec mène le plus souvent vers de nouveaux barbelés, de nouveaux camps, de nouvelles frontières infranchissables...

Encore et toujours, organiser, centraliser les solidarités

La question des migrantEs et réfugiéEs ne peut être envisagée comme un « supplément d’état d’âme » que partageraient les militantEs d’extrême gauche, les humanitaires et les Églises. On ne peut se résigner à cette lente banalisation qui n’arrive plus à bousculer les agendas politiques. Le 19 mars, journée internationale de solidarité avec les réfugiéEs, les mobilisations sont restées très en deçà dans de nombreux pays, excepté la Grèce, la Grande-Bretagne et le Danemark. Ainsi à Paris, la manifestation a mobilisé moins que celle de Calais le 23 janvier dernier. Le mouvement Nuit debout s’est doté d’une commission Soutien aux réfugiéEs et migrantEs permettant, en lien avec la commission Europe, d’organiser deux actions à partir de la place de la République : la première était un démantèlement des grilles antimigrants sous le métro aérien à Stalingrad suivi d’un retour en manifestation sauvage jusqu’à République ; la seconde, dirigée contre la mairie de Paris qui avait organisé une « fête de l’Europe » sur le parvis de l’Hôtel de ville et qui fût contrainte d’annuler le débat prévu où se sont invités sans-papiers, migrantEs et soutiens.

Pour la quatrième fois, les antiracistes anglais organisent un convoi sur Calais samedi 18 juin. Appelé par Stand up to racism (STTR), l’Assemblée populaire contre l’austérité (PAAA) et des organisations syndicales, cette nouvelle initiative a trois objectifs : manifester dans les rues de Calais le soutien aux réfugiéEs, apporter des fonds et de la logistique, exiger l’ouverture de la frontière avec la Grande-Bretagne. Une occasion de proposer à Nuit debout de mettre cette date dans l’agenda des futures mobilisations.

Voir les commentaires

Rédigé par Alain Pojolat

Publié dans #immigration, #internationale

Repost 0