Eulalie

Publié le 15 Juin 2017

Eulalie

Ecouter les mots par François Taillandier.

EULALIE

Je m'intéresse trop à la politique.

Il faut toujours que je mette mon grain de sel.

C'est du masochisme, car, invariablement, les nouvelles de la vie politique me désolent, alors que lire ou écrire (autrement dit, faire mon métier) m'apporte toujours des joies sûres et profondes.

Ces jours-ci, par exemple, je feuilletais les actes d'un colloque consacré à la Cantilène de sainte Eulalie, le premier texte connu écrit en langue romane.

Il faut aller le chercher loin, ça, quand même!

Eh bien j'y trouvais plus de sérénité et de paix que dans toutes les dépêches de Yahoo Actualités, toutes les manchettes des quotidiens, tous les discours assommants et répétitifs des uns et des autres.

Je n'ai pas le culte de la tour d'ivoire, mais je persiste dans le sentiment que les écrivains ne sont pas faits pour la politique.

J'y songeais en apprenant qu'Aurélie Filippetti, ex-ministre de la Culture, venait d'être battue dans sa circonscription mosellane.

Je l'avais jadis croisée chez Stock , où elle avait publié un beau livre, les Derniers Jours de la classe ouvrière.

Après quoi elle préféra l'action politique. La voici emportée dans la déroute d'un parti auquel elle avait eu le mérite de demeurer fidèle, même en claquant la porte d'un gouvernement qui ne lui convenait plus.

C'est sans doute idiot, mais je regrette toujours un peu ce qu'elle aurait peut-être écrit.

"Il n'y a que des dupes pour s'obstiner à gouverner des événements toujours imprévisibles", disait Gobseck, l'usurier balzacien .

Evidemment, Gobseck ne s'intéressait qu'à ses sous.

Un écrivain ne s'intéresse pas qu'à ses sous, mais , comme le pingre Gobseck , il amasse patiemment des mots, des pages, des livres, pour s'expliquer le monde, et il arrive même que quelques lecteurs y trouvent leur bénéfice.
 

La parole politique et la parole littéraire relèvent de deux ordres différents de l'expression.

La parole politique se dissipe aujourd'hui en tweets, en commentaires à la fois hâtifs et rabâchés.

On se croit philosophe parce qu'on a sa petite idée sur Macron.

Une vraie parole littéraire(j'y inclus l'essai, la pensée, à côté de la fiction) n'a pas à être indifférente mais distanciée, différée.

Elle nous restitue le monde qu'on nous vole.

Je sens que je suis bien parti pour, la semaine prochaine, vous entretenir de la Cantilène de sainte Eulalie (ici trois smileys, SVP).

Je rappelle qu'en grec "Eulalie" signifie: la parole harmonique.

 

 

Rédigé par Collectif Jeunes CGT 08

Publié dans #culture

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